Joseph Bologne, Chevalier de Saint-Georges (1745-1799)
Né à Baillif (Guadeloupe) le 25 décembre 1745 et décédé à Paris au début de juin 1799 — sa mort étant annoncée dans le Journal de Paris du 14 juin —, Joseph Bologne, Chevalier de Saint-George, fut l’une des figures les plus fascinantes du siècle des Lumières. Fils d’un planteur et d’une esclave affranchie, il fut conduit en France, où il reçut une formation aristocratique fondée sur l’escrime, la danse et la musique.
À Paris, il s’imposa dès les années 1770 comme violoniste virtuose, chef d’orchestre et compositeur. Il dirigea successivement le Concert des Amateurs puis le Concert de la Loge Olympique, ensemble réputé pour sa qualité d’exécution et pour avoir commandé à Joseph Haydn les célèbres Symphonies parisiennes. Son style, d’une élégance claire et maîtrisée, allie la grâce mélodique du classicisme français à une virtuosité instrumentale raffinée. Son œuvre comprend des concertos pour violon, symphonies concertantes, quatuors à cordes, sonates et opéras comiques, emblématiques du style galant.
Homme des Lumières, Saint-George se distingua également par son engagement civique. Escrimeur légendaire — surnommé le dieu des armes —, il fréquenta les cercles intellectuels et progressistes de la capitale. Proche de la Société des Amis des Noirs et de loges maçonniques éclairées, il prit part aux débats sur l’égalité et la liberté. En 1792, il fut nommé commandant de la Légion des Américains et du Midi, dite Légion noire, composée de volontaires de couleur participant à la défense de la République. Ce rôle militaire, longtemps méconnu, témoigne de son profond attachement aux idéaux de liberté et de fraternité. Le rétablissement de l’esclavage en France en 1802 contribua à faire disparaître de la mémoire les figures de couleur comme la sienne. Il fallut attendre le XXᵉ siècle pour que la recherche rétablisse son identité et son rôle dans la société française et dans la Révolution.
La présente transcription pour guitare et flûte en ré majeur, d’après la Sonate pour harpe avec accompagnement de flûte en mi bémol majeur (vers 1778–1779), préserve la transparence et le dialogue de l’œuvre originale tout en exploitant la richesse expressive de la guitare. Elle rend hommage à un musicien et citoyen dont le parcours illustre la rencontre de l’art, de la liberté et des idéaux universels des Lumières.