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Description

Le « Homenaje pour le Tombeau de Claude Debussy » de Manuel de Falla est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de notre répertoire. Écrite en 1920, il s’agit de la seule œuvre du compositeur conçue à l’origine pour la guitare. Elle trouve son origine dans une invitation d’Henri Prunières, éditeur de la revue La Revue Musicale, qui préparait un numéro spécial en hommage à Claude Debussy, décédé deux ans plus tôt. Falla rédigea ainsi l’essai « Claude Debussy et l’Espagne » ainsi que le « Homenaje ». D’autres compositeurs participèrent également à ce numéro commémoratif, tels que Bartók, Dukas, Malipiero, Ravel, Roussel, Satie, Schmitt et Stravinsky.

 

Dans cet essai, Falla commence par souligner que Debussy a écrit une musique inspirée de l’Espagne sans jamais avoir visité le pays. Néanmoins, Debussy parvint à saisir l’essence des éléments culturels fondamentaux de l’Espagne. À la fin du « Homenaje », Falla cite « La Soirée dans Grenade » de Debussy, deuxième pièce de l’œuvre pour piano en trois mouvements Estampes (1903). Falla loue le pouvoir évocateur de « La Soirée », affirmant que l’Andalousie y est représentée comme une « vérité sans authenticité ».

 

Fait curieux, l’opéra « La Vida Breve » de Falla présente plusieurs parallèles avec ces observations. Composé peu après Estampes, entre 1904 et 1905, sur un livret de Carlos Fernández Shaw, il explore la langue et l’atmosphère locales de l’Andalousie. Bien que Falla n’ait jamais visité Grenade à cette époque, il choisit d’y situer l’action. À l’instar de Debussy, il réussit à en capter l’essence, la vérité, sans y être allé. « La Vida Breve » fut créée en France, à Nice, en 1913, avec un livret français adapté par Paul Milliet. Sa création officielle eut lieu le 7 janvier 1914 au Théâtre National de l’Opéra-Comique à Paris. Falla y intégra notamment une guitare dans l’orchestration, qui apparaît pour la première fois en accompagnement d’un chanteur, dans un style proche du récitatif, à l’acte II. Quelques mois plus tard, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Falla retourna en Espagne. « La Vida Breve » fut finalement présentée dans son pays le 14 novembre, au Teatro de la Zarzuela à Madrid. En 1920, Manuel de Falla s’installa à Grenade, et la première œuvre qu’il y composa fut le « Homenaje ».

 

Falla lui-même tenait à adapter ses œuvres pour différentes formations. En 1921, il arrangea le « Homenaje pour le Tombeau de Claude Debussy » pour piano. Des années plus tard, cette pièce fut intégrée à la suite orchestrale Homenajes (1938-1939) en tant que deuxième mouvement, « À Claude Debussy (Elegía de la guitarra) ». Au-delà de cette œuvre originale majeure, la présence de Falla dans le répertoire de la guitare se manifeste aussi par de nombreuses transcriptions de ses œuvres orchestrales. Parmi celles-ci figurent « Danza del Corregidor » et « Danza del Molinero » du ballet El Sombrero de Tres Picos, transcrites pour deux guitares par Graciano Tarragó et pour guitare seule par Siegfried Behrend ; « Romance del Pescador » et « Canción del Fuego Fatuo » de El amor Brujo, transcrites pour guitare seule par Miguel Llobet ainsi que par Emilio Pujol ; « Cubana », « Danza del Molinero », « Pantomima » et « Danza Ritual del Fuego », transcrites pour deux guitares par Llobet ; ainsi que les Siete Canciones Populares Españolas, pour voix et guitare, transcrites par Llobet (puis reprises plus tard dans une transcription de David Leisner). Dans ce contexte, l’œuvre la plus emblématique de Falla est sans doute la première « Danza Española » de La Vida Breve, devenue une pièce incontournable du répertoire pour duo de guitares grâce à la célèbre transcription d’Emilio Pujol.

 

« La Vida Breve » est un opéra en deux actes et quatre scènes, dans lequel la « Danza Española n° 1 » apparaît dans la première scène du deuxième acte. Son caractère incisif et mélodique a inspiré de nombreuses transcriptions, notamment pour piano (1923) par Gustave Samazeuilh, pour violon et piano (1926) par Fritz Kreisler, et pour harpe (1943) par Marcel Grandjany, entre autres. La version pour deux guitares de Pujol fut publiée par Max Eschig en 1957, bien qu’elle ait été enregistrée bien plus tôt, en 1932, par Pujol et Matilde Cuervas. Dès lors, la « Danza » s’imposa grâce aux interprétations de duos renommés tels que Ida Presti et Alexandre Lagoya, Sérgio et Eduardo Abreu, Julian Bream et John Williams, Evangelos Assimakopoulos et Liza Zoe, ainsi que Paco de Lucía et Ramón de Algeciras.

 

En tant que pièce pour guitare solo, la « Danza Española n° 1 » a également été transcrite et interprétée, bien que moins fréquemment que la version pour deux guitares. La « Danza Española n° 2 » apparaît quant à elle dans la deuxième scène de l’acte II. Contrairement à la première, elle comporte des parties chantées en vocalise. Bien qu’elle ne bénéficie pas de la même reconnaissance que la « Danza Española n° 1 » et ne soit pas encore pleinement associée à l’univers de la guitare, cette pièce contient des éléments particulièrement adaptés aux six cordes.

Les présentes transcriptions s’appuient à la fois sur la version pianistique de Samazeuilh et sur la partition orchestrale originale. À l’occasion du 150ᵉ anniversaire de Manuel de Falla, cette édition poursuit un double objectif : mettre davantage en lumière la « Danza Española n° 2 » et consolider la place de la première « Danza » dans le répertoire de la guitare solo.